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La dissertation d'économie
La dissertation d'économie ne présente pas
d'originalité particulière par rapport à n'importe quelle dissertation
de n'importe quelle matière. C'est un exercice qui doit satisfaire à
une certaine forme, et permettre sur le fond au correcteur de vérifier vos
connaissances.
Commençons par ce dernier point, car c'est en sachant ce qu'on attend
de vous que vous serez le mieux à même d'y répondre.
1. Objectifs de la dissertation
Une dissertation vous permet de montrer que vous savez
comprendre un problème et
mobiliser les connaissances nécessaires pour
y répondre.
Comprendre un problème, c'est tout à la fois :
Mobiliser les connaissances nécessaires suppose :
Tout cela peut apparaître comme une enfilade de banalités, et
je dois le reconnaître, rien de ce que j'ai écrit ici ne déborde
d'originalité. Alors, quitte à ajouter une évidence à une série déjà
longue, j'insisterai également
sur le fait que la première qualité d'une dissertation est d'être
rédigée dans une langue correcte.
On voit beaucoup trop de copies où la maîtrise de
la langue française est
défaillante : incorrections grammaticales, fautes d'orthographe,
barbarismes, mots employés à contresens, etc. Tout cela constitue un
premier handicap... souvent fatal. Les tournures incorrectes
n'empêchent pas seulement le correcteur de vous comprendre, ou de
comprendre ce que vous avez voulu dire ; elles vous empêchent
également d'être rigoureux et précis dans vos raisonnements et dans
votre compréhension des raisonnements des autres. Entendons-nous bien
: personne ne vous demande d'écrire comme Stendhal ou Proust. La dissertation
n'est pas un exercice de beau style. Mais la correction de la langue,
le choix des mots et de la syntaxe justes sont considérés comme un préalable, sans lequel il est impossible de
juger de la qualité des connaissances et de la réflexion.
Dans une conversation courante, on peut parfois employer un mot
pour un autre. S'ils sont voisins, cela ne prête que rarement à
conséquence. Mais en sciences - fut-ce en sciences économiques - toute
imprécision, toute négligence, peut rendre un énoncé faux ou absurde.
Si je dis "le profit baisse", par exemple, c'est une idée très
différente que de dire "le taux de profit baisse". Et c'est
encore tout autre chose lorsque j'affirme que "le taux
d'accroissement du profit baisse". Dans un raisonnement, employer
une de ces expressions à la place de l'autre, c'est être certain de
proférer une énormité, et de transformer une vérité en erreur, ou en
proposition absurde. Ainsi, il est impossible d'être rigoureux dans
ses idées quand on n'est pas rigoureux sur la manière de les formuler.
Et en économie, la frontière entre une formulation imprécise et une
formulation franchement fausse est très rapidement franchie.
Je ne m'étends pas davantage sur ce thème, mais j'espère vous en
avoir fait comprendre son importance. Revenons-en donc à nos moutons.
2. La problématique et l'introduction
La compréhension du sujet, dont je parlais tout à l'heure, passe
par ce qu'on appelle traditionnellement l'analyse de la problématique.
Cette fameuse problématique, c'est la question qui se cache
(peut-être) derrière celle qui vous a été posée, et qui permet d'y
répondre. On tombe parfois sur des sujets où la problématique est
transparente, car la formulation de départ ne pose guère de soucis. Mais
parfois, il y a un vrai travail de reformulation à effectuer pour en
arriver au vrai problème. Prenons deux exemples.
Un des sujets des années passées était : « L'intervention
économique de l'État est-elle nécessaire ? » Toute personne ayant
un minimum de connaissances en économie reconnaît immédiatement là un
débat séculaire, qui a impliqué tous les courants de pensée sans
exception, et qui a opposé les partisans de cette intervention à ses
adversaires, ces derniers étant convaincus de la capacité des marchés
à se réguler eux-mêmes. En l'occurrence, la problématique est inscrite
dans le sujet de manière transparente : qu'on prenne le problème par
un bout (l'intervention de l'État est nécessaire ou non) ou qu'on le
prenne par l'autre (les marchés sont capables ou non de se réguler
sans intervention extérieure), il s'agit bien évidemment de la même
question. Voilà donc un sujet où l'analyse de la problématique ne pose
guère de difficultés, et où elle peut être rapidement menée.
En revanche, imaginons une question comme « Chez les classiques,
le capital est-il plus important que le travail ». Celle-ci appelle déjà
davantage de réflexion. Ne serait-ce que parce qu'elle elle nous
oblige à en définir les termes : qu'appelle-t-on les « classiques
» ?
Doit-on considérer que Marx, par exemple, s'y rattache ? Et par ailleurs,
« plus important »... à quel titre ? Pour quel problème ? Vous vous en
doutez, la réponse diffère selon que l'on parle d'un thème ou d'un
autre, de la croissance à long terme, ou du rapport d'échange entre
les marchandises. Sans être extrêmement difficile, la question de
départ appelle donc cette fois-ci davantage d'éclaircissements avant
de pouvoir être traitée convenablement.
Cette analyse de la problématique doit s'effectuer dans
l'introduction. Cette dernière doit donc tout à la fois :
Une difficulté traditionnelle de l'introduction est
la phrase d'accroche. Bien souvent, en panne d'inspiration, les
étudiants vont chercher une fausse évidence éternelle, sur le mode
du trop connu : « de
tous temps, les hommes se sont interrogés sur la place de l'État dans
l'économie...» J'exagère à peine. En réalité, une introduction est
d'autant plus réussie qu'elle part d'un problème précis, et si
possible actuel. On tentera donc au maximum d'accrocher le sujet à un
fait, à un débat ou à une déclaration récente, qui mettra la suite de
la dissertation en valeur, en montrant que des discussions vieilles de
cent ou deux cents ans sont parfois bien utiles pour éclairer les
enjeux contemporains.
Pour terminer, une astuce technique :
beaucoup de gens n'hésitent pas à réfléchir dès le départ à la
problématique et au plan (c'est hautement préférable !) mais ne
rédigent l'introduction qu'en dernier, après avoir terminé le
développement et la conclusion. Cette manière de procéder a des
avantages ; ne serait-ce que celui de savoir avec certitude où on
doit mettre les pieds, et par exemple d'annoncer un plan dont on est
certain qu'il sera le bon.
3. Le développement
Une fois la problématique cernée, il faut la traiter. On attend de
vous que vous soyez capables de mobiliser l'ensemble des connaissances
nécessaires, de les restituer convenablement et de les organiser de
manière construite. Une dissertation n'est pas un simple catalogue
d'extraits du cours : elle doit constituer un véritable raisonnement.
Soyons clairs : personne ne vous demande de présenter un raisonnement
original, en émettant des idées novatrices - et pertinentes. Si vous
parvenez à exposer correctement les idées des autres, ce ne sera déjà
pas si mal. Mais cela ne veut pas dire que vous n'avez pas le droit
d'avoir un point de vue, ni de le faire valoir. Simplement, ce point
de vue - restons modestes - doit rendre à César ce qui est à César, et
vos idées personnelles à ceux qui les ont formulées les premiers - et
qui vous ont ainsi permis de les avoir.
Votre point de vue, si vous en avez un, apparaîtra donc dans la
manière d'ordonner la présentation des différentes thèses, et de donner
le dernier mot à l'une plutôt qu'à l'autre. On ne vous pénalisera
jamais - en principe - pour avoir donné raison à tel courant de pensée
plutôt que tel autre. En revanche, quelles que soient vos opinions,
vous devez absolument présenter fidèlement tous les raisonnements
(même ceux avec lesquels vous n'êtes pas d'accord), et ne réfuter un
raisonnement que par un autre raisonnement (s'appuyant au besoin sur
des exemples).
Du point de vue des connaissances à mobiliser, il s'agit d'éviter
deux écueils symétriques :
Question traditionnelle, de combien de parties le plan doit-il être
formé ? Réponse classique : deux ou trois. Moins, ce n'est plus une
dissertation, c'est-à-dire une discussion. Plus, le devoir se disperse
- d'autant que le but est rarement d'écrire des dizaines de pages.
On peut adopter les structures de plans classiques
(pour ne pas dire bateau) : en deux
parties, ce sera : « Oui, Non », ou « Oui, Mais ». En trois parties, le
fameux « Thèse, antithèse, synthèse ». Néanmoins, on peut aussi opter
pour un plan chronologique, ou pour un plan thématique (chacune des
parties traitant un aspect différent du sujet).
J'ai tendance à recommander des plans qui favorisent
l'argumentation, et qui empêchent le développement de tourner au
catalogue. C'est-à-dire d'éviter dans la mesure du possible un
plan où chaque partie représente un courant de pensée, pour préférer
au contraire un plan thématique, où chacune des différentes parties
permettra d'aborder les points de vue de différents courants.
Une fois la problématique clairement cernée, une bonne stratégie
pour construire le plan peut être :
Cette méthode n'est certainement pas une panacée, mais appliquée
consciencieusement, elle évite la plupart des erreurs les plus
grossières de la construction des plans.
4. La conclusion
Si les étapes précédentes ont été correctement menées à bien, la
conclusion est la partie la plus facile de la dissertation. Son rôle
va être :
C'est surtout ce dernier point qui peut poser problème - il
constitue en quelque sorte la réplique inversée de la première phrase
de l'introduction. Rien ne sert de se torturer pour imaginer à grand
peine ce que vous devez dire ; si vous avez correctement traité le
sujet, vous devriez sans trop de difficulté voir comment terminer,
quelles sont les questions plus larges que soulève la problématique et
que vous n'avez pas pu traiter. Faute d'idées, plutôt
qu'écrire une phrase bateau ou qui tombera comme un cheveu dans la
soupe, préférez ne rien mettre.
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